Une DSI c’est aujourd’hui une grande variété de métiers et d’expertises qui doivent savoir collaborer entre elles et avec leurs clients internes. Parmi ces métiers clés dans un contexte de transformation des entreprises, celui d’architecte d’entreprise. Quel est le rôle de l’architecte et sur quelles méthodes s’appuie-t’il/elle ? Découvrons-le avec Mme Maja Broqué, Enterprise Architecture Director & Security Officer au sein du groupe pharmaceutique français IPSEN.

Elle est également membre de French Women CIO, association dont l’ambition est de donner de la visibilité à toutes les femmes qui travaillent dans une direction des systèmes d’information ou une direction digitale afin que chacune puisse devenir à son tour un « rôle-model ».

Quelle est la définition aujourd’hui du métier d’architecte d’entreprise ?

Historiquement, certains architectes étaient trop concentrés sur la partie technologique de leur métier. Mais, dans un contexte de transformation numérique et de changement accéléré, il devient de plus en plus critique d’avoir un état d’esprit qui correspond à une vision holistique de l’entreprise et de ses objectifs. L’architecte pourra ainsi aider à la réalisation de ces objectifs face à des opportunités et risques externes.

Un architecte est donc un expert qui facilite la définition et surtout l’aboutissement d’un large programme de changement, en s’alignant directement aux objectifs métiers. Il se base pour cela sur une méthode factuelle prenant en compte les accélérateurs possibles, comme les différentes étapes ou « contournement », par exemplaire budgétaires ou technologiques.

Quels objectifs sont fixés à l’architecte d’entreprise ?

Une architecture d’entreprise n’est pas une destination mais un voyage. L’architecte ne cible pas les coordonnées du point d’arrivée exact du projet, mais doit indiquer la bon direction, comme une boussole qui indique « à peu près » le nord.

Car il faut aussi s’assurer que l’objectif n’a pas changé au long d’un programme pluriannuel, tout comme le navigateur vérifiera que le nord n’a pas bougé à la suite d’un orage magnétique ! Cette analogie est loin d’être une plaisanterie dans le cas des programmes pluriannuels qu’il faut ajuster fortement voire réorienter.

Quelle est la répartition des rôles entre le DSI et l’architecte d’entreprise ?

La prise de décision et l’orientation stratégique revient au DSI, mais il aura besoin du conseil de l’architecte. C’est la vision globale de l’entreprise – holistique – et l’esprit de synthèse de l’architecte qui lui permet de bâtir le dossier sur lequel le DSI pourra appuyer sa prise de décision. DSI et architecte sont aussi alignés pour répondre aux objectifs métiers tout en respectant un budget.

L’architecte aura là un rôle clé pour négocier la meilleure tactique de réalisation du projet pour répondre aux objectifs métiers dans le respect du budget. On parle de négociation car l’IT et les métiers pourront s’entendre sur un objectif de 80% ou 70% de réalisation et accepter des étapes intermédiaires, ce qui permettra d’aller vite pour répondre aux enjeux de « time to market ».

Quelles sont les méthodes employées par les architectes d’entreprise ?

Au-delà des référentiels décrivant les applications, les informations échangées, la compréhension du business model et des facteurs de croissance au travers des échanges métiers, un des outils intéressants de l’architecte est aussi le TCO (pour Total Cost of Ownership – Coût total de possession). L’architecte défend en effet un programme global avec ses apports métiers mais aussi ses gains techniques et financiers. Il est donc intéressant que l’architecte d’entreprise travaille en lien avec le contrôle de gestion, ce qui est encore assez rare au sein des organisations. A la clé, par exemple : être capable de mesurer le coût de chaque incident, des upgrades, de la maintenance, et de chaque élément du système d’information, ou, en tout cas, pouvoir l’estimer en tenant compte d’éléments factuels. L’entreprise pourra aussi construire une stratégie en comparant les coûts internes avec les coûts de services externes comme du cloud par exemple.

Un autre outil à disposition de l’architecte d’entreprise peut être l’externalisation qu’il verra comme une opportunité pour réaliser des projets. Son arbitrage en faveur de l’internalisation ou de l’externalisation de certaines fonctions se basera sur la criticité des fonctions, leur spécificité, leur coût (le TCO), la vitesse de réalisation,et le choix stratégique des domaines dans lesquels investir pour l’innovation.

Une autre méthode importante employée par l’architecte d’entreprise est une démarche de veille et d’écoute permanente, aussi bien en interne dans l’entreprise que sur le marché. L’architecte est en effet le conseiller qui va détecter les moyens manquants au sein de l’entreprise et des parallèles ou similitudes entre différents secteurs d’activité.

Enfin l’entregent, les soft skills mais aussi l’intuition sont clés. Car une expression de besoin se fait avec les métiers dans le cadre d’un projet seul. Mais les échanges que peut entretenir l’architecte avec les équipes IT et les métiers se fait toute l’année, de façon plus macro, formelle et informelle.

Quelles sont les idées reçues ou malentendus sur le métier d’architecte d’entreprise?

Les architectes viennent souvent de la technique, ils peuvent donc avoir pour premier réflexe de faire un inventaire factuel des technologies mises en œuvre dans l’entreprise, alors que la base de leur démarche de conseil doit venir du business. Lorsque j’échange avec les métiers, je les questionne sur ce qu’ils veulent pouvoir réaliser dans un ou deux ans, et en parallèle, je fais également le point sur l’environnement technologique.

Mon métier c’est de faire ce lien entre technologie et business.

Si on prend une analogie du siècle dernier, imaginez-vous face à une ville du début de l’ère industrielle, où habitations et industries se sont multipliées de façon anarchique. On vous demande un plan pour transformer cette ville en ville verte. Par où commencez-vous ? Comment assurer rapidement des objectifs dans un budget donné ? Quels métiers et quelles ressources seront nécessaires ?
Je prends cet exemple car on nous reproche souvent de tirer des plans sur la comète sans tenir compte de la réalité, alors que c’est le cœur du métier de l’architecte de permettre une démarche itérative.

L’architecte ne va pas seulement proposer un plan pour une belle ville verte, il va aussi la factualiser et la prioriser : combien d’écoles seront nécessaires, combien de parcs, quelle taille doivent avoir les équipements, quels sont les chantiers prioritaires ?

Dans le cadre d’un plan de transformation d’entreprise la démarche sera comparable, avec un plan de transformation qui va se construire pas à pas.

Quel rôle peut jouer l’architecte d’entreprise face aux enjeux de cybersécurité ?

Le RSSI a lui aussi comme l’architecte une vision holistique de l’entreprise avec ses règles et ses pratiques, à la différence près que l’architecte a souvent un accès plus facile à certains décideurs et à certains types d’informations. Architecte et RSSI sont donc associés de façon formelle au sein des projets, notamment au travers d’architectures de sécurité, mais ils ont aussi intérêt à avoir d’autres moments d’échange car leurs deux rôles sont complémentaires pour avoir une vision vraiment globale de l’entreprise. Enfin l’architecte connait le portefeuille de projets très en amont et peut ainsi informer le RSSI de grands changements – et de nouvelles disruptions technologiques ou non – qui pourront avoir un impact en termes de sécurité.

Ce rôle de l’architecte dans la sécurité de l’entreprise est d’autant plus vrai dans le contexte du RGPD qui se base sur la gestion des informations et des flux, ce qui est le cœur du métier de l’architecte.

Toujours en veille, capable de faire la synthèse des dangers, des tendances, l’architecte a donc aussi la responsabilité d’identifier les changements autant pour les opportunités qu’ils peuvent représenter que pour les menaces.

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