Un avis d’expert de la start-up française CAILabs, spécialiste de la manipulation spatiale de la lumière.

Une demande de bande passante en pleine explosion

Les communications numériques sont en pleine expansion, et occupent un rôle de plus en plus important. Cette révolution des modes de communication influe directement sur les infrastructures qui les supportent. Afin d’assurer cette expansion, les réseaux télécoms doivent être toujours plus performants, aussi bien en termes de débits délivrés que de couverture du territoire.

 

La fibre optique, de par sa capacité et sa portée, est le moyen privilégié pour répondre aux besoins toujours croissants de transport des données. Les fibres optiques peuvent être classées en deux catégories selon leurs caractéristiques physiques : les fibres multimodes et les fibres monomodes. Les premières sur le marché étaient les fibres multimodes, principalement utilisées pour des bas débits ou sur des courtes distances dans les réseaux locaux par exemple. Pour des plus gros débits sur de longues distances, les fibres monomodes sont préférées, car plus performantes.

 

La problématique des zones gérées par les collectivités locales

Aujourd’hui les opérateurs nationaux donnent la priorité à la couverture en fibre optique monomode de zones denses et aux réseaux d’initiative publique qui leur ont été attribués. Mais il reste un problème majeur pour les zones qui ne peuvent accueillir que des opérateurs locaux qui n’ont pas les mêmes moyens de déploiement et de commercialisation. Le plan très haut débit du gouvernement lancé en 2013 doit donc, parmi les nombreux obstacles qui se dressent encore sur son chemin, trouver des solutions pour encourager les opérateurs d’envergure nationale à proposer de la connectivité dans les zones où les collectivités doivent investir dans de nouvelles infrastructures.

En complément des opérateurs historiques, d’autres acteurs ont investi et proposent aujourd’hui des infrastructures complémentaires pour couvrir le territoire. Il existe sur le marché des offres qui consiste à mettre à disposition de la fibre optique noire, sous forme de location ou d’un droit irrévocable d’usage. Ce service est généralement utilisé par les opérateurs pour étendre leur backbone (dégroupage de nouveaux NRA, raccordement de sites mobiles, sécurisation, …) ou pour raccorder des clients ayant un très gros besoin en débit.

Dans les zones non encore couvertes par ces acteurs, certaines entreprises précurseurs ont déployé leur propre réseau fibré multimode. Ces fibres multimodes existantes pourraient-elles être utilisées pour transporter du haut débit ? Grâce à une nouvelle technologie passive, il existe aujourd’hui des solutions pour augmenter la bande passante des anciennes fibres optiques multimodes.

 

Une innovation photonique pour pérenniser les anciennes liaisons fibrées

Les premiers déploiements en fibre optique réalisés il y a quelques dizaines d’années étaient majoritairement en fibre optique multimode. Or, de par leur conception, ces fibres multimodes présentent une limitation de bande passante qui ne permettent plus de répondre aujourd’hui à la demande croissante de bande passante. La transition numérique entamée depuis quelques années a amené beaucoup de DSI à faire évoluer leur infrastructure de câblage réseau vers de la fibre optique monomode, qui offre plus de capacité de transmission que la fibre optique multimode. Cependant, le redéploiement de nouvelles fibres optiques, aux performances supérieures, n’est pas toujours une solution envisageable : dans des cas de fibres longues, de fourreaux pleins ou de situations d’accès difficiles, le redéploiement peut se révéler très onéreux et générer des travaux longs et complexes.

Les liaisons optiques multimodes sont-elles désormais obsolètes ? La réponse est non. Il existe aujourd’hui une technologie innovante permettant de conserver son infrastructure en fibre multimode et répondre à cette demande croissante de bande passante. (Technologie présentée dans un précédant article d’Atout DSI « Avoir la fibre sans la fibre, c’est possible ! »). Cette technologie passive de conversion multi-plan de la lumière (ou MPLC pour Multi Plane Light Conversion) permet de manipuler avec une grande précision la lumière transmise dans la fibre optique multimode et par conséquent de s’affranchir de ses limitations intrinsèques de bande passante. Il est donc désormais possible d’avoir une fibre optique multimode avec des performances de transmission équivalentes aux fibres optiques monomodes dernière génération.

« Nous serions obligés de passer par une phase de travaux et de redéploiement de fibre pour pouvoir transmettre du 10 Gb/s sur notre liaison, ce qui entraînerait un autre niveau de complexité », raconte Luc Beurton, responsable réseau de l’Université Bretagne Sud. « La possibilité d’obtenir des hauts débits sans devoir câbler de nouvelles fibres a un intérêt non négligeable tant au niveau technique que financier », ajoute Olivier Lami, responsable réseau de l’hôpital de Nanterre.

 

Un potentiel ROI pour la DSI

La technologie de conversion multi-plan résout les problèmes de limitation des fibres multimodes de LAN, tout en limitant le CAPEX que représenterait le redéploiement de nouvelles fibres. Grâce à cette technologie, la DSI pourrait donc pérenniser les liens multimodes dans son réseau et dans le même temps générer des revenus en louant des fibres ou de la bande passante à un opérateur ne disposant pas localement d’infrastructure optique. En effet, il existe de nombreux liens fibrés multimodes sous- ou inexploités, dans des stations de skis, ou encore le long des réseaux ferrés ou des infrastructures du réseau électrique.

Dans les stations de ski par exemple, les fibres multimodes ont été initialement déployées pour assurer le monitoring des remontées mécaniques. Aujourd’hui le système d’information des stations de ski se modernise, et ce jusqu’en haut des pistes. La multiplication des services numériques (billettique, hotspot Wi-Fi, vidéosurveillance…) représente de très gros flux de données que ces fibres multimodes ne peuvent supporter. Par ailleurs, les contraintes spécifiques à l’environnement montagne rendent tout nouveau déploiement complexe et coûteux.

« Malgré la distance et le raccordement entre des fibres OM1 d’ancienne génération sur une distance de 3,3 km, nous bénéficions à présent de plusieurs liaisons 10 Gb/s grâce à la technologie MPLC. Cela nous permet de pouvoir offrir de nouveaux services numériques à nos clients et à nos collaborateurs jusqu’à 3200m d’altitude. Sans cette technologie, nous aurions dû engager des travaux qui en montagne sont longs et coûteux », explique Patrick Jullian, administrateur réseau des Deux Alpes Loisirs.

La technologie de conversion multi-plan permet alors de tirer parti du potentiel de ces fibres optiques multimodes déjà déployées en augmentant leur bande passante. La DSI a alors la possibilité de louer de la bande passante ou des fibres à des opérateurs qui souhaiteraient apporter de la connectivité en altitude. Cela éviterait ainsi aux opérateurs de faire des investissements colossaux pour couvrir certaines zones géographiques, où ils ne seraient d’ailleurs peut être pas allés sans cette technologie.

« Les sociétés gérant les parcs de remontées mécaniques dans les Alpes sont de plus en plus sollicitées par les opérateurs pour louer une partie de leur infrastructure, dans le but d’augmenter la couverture de leur réseau en évitant des coûts exorbitants de nouveaux déploiements de fibres », explique Alain Khair, de la société Alp’com (branche ingénierie télécom d’Access Group). Il en est de même pour les anciennes fibres le long des réseaux ferrés, ou encore les fibres utilisées pour le monitoring des lignes haute tension de RTE.  Des zones moins denses non couvertes en fibre par les réseaux d’initiative publique ou ceux des opérateurs pourraient alors bénéficier d’une connectivité haut débit en utilisant ces nouvelles technologies sur des réseaux fibrés destinés à l’abandon.

 

En résumé, quel bénéfice pour la DSI ?

La technologie MPLC sur d’anciennes liaisons multimodes apporte à la DSI un bénéfice immédiat lui permettant de répondre à ses besoins en bande passante mais également un potentiel bénéfice financier en valorisant son infrastructure par de la location de bande passante à des tiers.

 

 

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