Il ne vous aura pas échappé que la robotique occupe désormais en force le champ médiatique, des médias spécialisés aux journaux de 20h. Quel impact les robots vont-ils avoir sur l’équilibre économique et quel sera le futur quotidien des français ? Pour aborder toutes ces questions le salon Innorobo était organisé du 24 au 26 mai dernier, pour sa 6ème édition, et pour la première fois à Paris. Voici ce qu’en a retenu sur place pour la communauté Atout DSI notre DSI reporter d’un jour, Frédéric Duchesne, ancien DSI de l’Office de Tourisme de Paris, et membre de Mentorat DSI.

 

  


Innorobo 2016 accueillait cette année la 3ème édition des états généraux de la robotique, avec le 24 mai une conférence inaugurale sur « Enjeux et position de la France », introduite par Bruno Bonnell, Chef du plan robotique, associé fondateur de Robolution Capital. Voici ce que j’ai retenu de cette conférence ainsi que de deux tables rondes qui donnaient un éclairage complet sur les enjeux actuels de la robotique.  

Petit rappel historique sur la robotique en France : Il existe aujourd’hui des pistes assez optimistes pour la robotique française. Elle n’est pourtant pas jeune puisqu’elle a démarré dans les années 60 avec la rencontre de la machine et de l’ordinateur autour de l’IA. Dans les années 80 c’est le projet ARA (Automatisation et Robotique Avancées) coordonnée par le CNRS, qui a vu le jour pour promouvoir et développer la robotique en France. N’oublions pas les contributions du CEA avec la télé-robotique et de l’INSERM (programme Spartacus). En 1984 la robotique représentait déjà 101 entreprise (660 ingénieurs et 32,7 M$ en R&D).   La robotique de service existe depuis 1950, mais il faut en fait gommer la frontière entre la robotique industrielle et la robotique de service, et ne plus penser qu’en une seule entité. Aujourd’hui cela représente 241,5 M€ en 2014 contre 49,3 M€ en 2008, avec une très forte dynamique allant de l’objet intelligent au robot.    

L’essor actuel de la robotique et sa diversification : Depuis, la robotique industrielle se développe à grands pas. La robotique se diversifie et les robots sont de plus en plus complexes mais aussi précis, avec une augmentation de leur dextérité. Aujourd’hui, les robots s’affirment dans différents domaines et on assiste à l’essor de la robotique de service, professionnelle et personnelle, des milieux extrême type fonds-sous-marins jusqu’à l’univers médical et l’univers de la maison.   A noter que l’on fabrique désormais moins de robot (la France compte peu de fabricants en robotique industrielle) mais que l’on développe de nombreux services en robotique. Pour autant, depuis 2007 le CA du secteur est constant mais n’évolue pas (368 M€ en 2007 et 400 M€ en 2014). Les perspectives de croissance du secteur sont annoncées comme modestes (1,5 % /an). La raison ? De la timidité dans l’innovation (108,7 M€ en 2013).   On note néanmoins une augmentation des robots industriels (+36,2% de 2013 à 2014), surtout dédiés à la manipulation (53%), ou au Soudage (27%). Et on peut se féliciter qu’il existe une forte dynamique entrepreneuriale avec un nombre important de start-ups issues des laboratoires. Enfin, preuve que la France est un pays d’excellence en matière de robotique, En 2020 elle a été choisie pour accueillir le LICRA.  

Quelles sont les spécificités de l’écosystème français de la robotique ? Il apparaît que la grande force en France est celle des intégrateurs, majoritairement des PME-PMI, qui jouent un rôle fondamental dans le développement de la robotique. Ils ne doivent donc plus être considérés comme de simples intégrateurs mais comme des acteurs majeurs du développement de la robotique. On peut noter une vraie reconnaissance des fleurons français en la matière, qui innovent : BA Systèmes dans le milieu médical, Robocath, Medtech, Axilum Robotics, Cybernetix, Robosoft, Parrot, Onera, Navya, ECA, Bluefrog, Partnering Robotics, Aldebaran (qui s’ouvre enfin à l’Europe pour son robot humanoïde Pepper).    

  


  

La France a de véritables atouts économiques pour la robotique : une forte culture entrepreneuriale, des investissements dans les infrastructures, des talents en France, des filières économiques de poids, une destination de premier plan pour les projets d’investissements étrangers en Europe.   La France est en fait 3ème au rang mondial avec 10 organisations françaises dans le Top 100 des entités les plus innovantes. Nous comptons aussi de nombreux grands groupes qui investissent dans la robotique (Total, PSA, EADS, Airbus, Carrefour, Dassault, SNCF, ADP…). Les régions soutiennent aussi fortement l’activité robotique et de nombreuses plates-formes collaboratives font vivre la robotique. Notre recherche nationale est également reconnue de très haut niveau, avec 5 domaines stratégiques (robotique autonome, aérienne, d’intervention, médicale et les robots compagnons) et 60 équipes de recherche comptant 1500 membres.    

Les enjeux du plan robotique 

Le plan robotique a pour objectif de développer encore plus l’offre technologique, et de faire que les centre de recherche travaillent encore plus avec les PME et non plus forcément que les grandes entreprises.   Pascal Faure, Directeur Général de la DGE, présentait ces grands enjeux lors des Etats Généraux de la robotique avec en ligne de mire « comment relancer l’industrie française par des actions spécifiques à la robotique ». Deux enjeux essentiels : la modernisation de l’outil de production et la transformation des modèles d’affaires. En effet, l’âge moyen du parc des machines est actuellement de 19 ans, et 65 % des métiers de 2050 n’existent pas encore.   Le programme national a été lancé par le président de la république le 14 avril 2015, placé au cœur de la stratégie industrielle française, et capitalise sur les résultats du plan Usine du Futur. Ce qui se profile à l’horizon est bien une quatrième révolution industrielle, avec des technologies nouvelles, une convergence industrie – services et un paysage recomposé. Pour réussir ce plan les entreprises devront être accompagnées, et les salariés formés. Une des initiatives pour réussir ce pari est un partenariat inédit entre l’état, les régions, le CNI & OS et la Recherche et l’éducation, dans l’Alliance Industrie du Futur , une association loi 1901 ouverte à tous.    

Le défi de la coopération

On comprend aussi en écoutant les compte-rendu de projets en coopération entre chercheurs et industriels que cette coopération est complexe. Point positif : les chercheurs peuvent avec les industriels tester en conditions réelles les robots conçus et les faire évoluer, avec à la clé de réelles innovations. Mais des conflits éclatent aussi face aux délais des projets, industriels et chercheurs n’ayant pas les mêmes contraintes temporelles !   Autre point de complexité à prendre en compte : les projets robotique ne nécessitent pas que des ingénieurs en robotique, mais de nombreux autres spécialistes comme des anthropologues, des psychologues, des ergonomes… souvent dans des contextes d’open innovation.    

Et l’emploi dans tout ça ?

Si on ne peut pas ignorer les craintes du public face au spectre du chômage de masse, on se doit de rappeler que ces craintes existent depuis le 19ème siècle avec les premières machines de l’ère industrielle. Gardons en tête qu’il est actuellement très difficile de définir les emplois de demain liés à la robotique. Contrairement aux idées reçues il y a bien eu ces dernières années eu un effondrement du taux d’emploi américain, mais non pas chez les seniors mais chez les populations plus jeunes des trentenaires. En effet, beaucoup de tâches répétitives ont été remplacées par des processus automatisés. Et les emplois qui ont disparu sont les petits jobs, pas les emplois à valeur ajoutés.   A ce sujet le point de vue d’un ingénieur en robotique, entendu lors d’Innorobo, nous éclaire sur ce qu’est vraiment la robotisation : une machine améliorant la productivité et réduisant la pénibilité de l’opérateur. La robotique supprime en effet des emplois mais en créer aussi d’un autre côté. De plus en plus nous sommes face à une robotique collaborative qui associe fortement l’humain à la machine, Il ne s’agit donc pas de substituer l’humain par le robot, mais au contraire de renforcer l’humain avec le robot, qui permet d’augmenter la capacité de l’homme. L’on parle alors de Cobotique. Il n’y aurait donc plus de perte d’emploi, mais au contraire beaucoup de création d’emploi en rapport avec la robotique (dans les métiers de l’ingénierie, des opérateurs et de nombreuses autres compétences encore en train d’émerger).  

  


 

 
En résumé, il ne faut pas avoir peur de la robotique en matière d’emploi. S’il y a des suppressions d’emploi, l’on doit plus parler de substitutions d’emplois, voire de création de nouveaux emplois et métiers. Souvenons-nous du joueur d’échec turc mécanique qui au final contenait un humain pour diriger l’automate. La plupart des professionnels s’accordent à penser qu’il y aura toujours des humains derrières les machines. Il ne faut pas oublier qu’un robot a une intelligence limitée et doit être programmé et initié au métier pour lequel on le destine. Le robot aura donc là encore besoin d’un humain.

 

Pour aller plus loin : découvrez dans un second article une sélection de robots et startups repérés sur InnoRobo.

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