Après avoir répondu aux questions des membres de la communauté Atout DSI sur le projet FranceConnect, Henri Verdier, DSI de l’Etat a accepté de faire le point avec ses pairs sur d’autres grands projets portés par la DINSIC. Des échanges durant lesquels Henri Verdier s’est livré à une analyse sans langue de bois sur les bénéfices attendus de ces projets mais également sur les questions qui restent à débattre. Au cœur de sa réflexion, la volonté que la DINSIC joue un rôle d’innovation en mode « startup » d’état, et une approche qui passe aussi par des initiatives de formation. 

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Question de Frédéric DAUDIN, DSI Région Centre-Val de Loire:

 « Plutôt que d’investir dans la mise en œuvre d’un OS souverain dont on peut légitimement s’interroger sur son ROI, l’Etat n’aurait-il pas intérêt à proposer un système d’archivage électronique en mode SaaS ? »

 

 

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Pour le moment l’Etat n’a pas décidé d’investir dans un OS souverain. Comme ce sujet préoccupe néanmoins beaucoup le gouvernement et qu’un certain nombre de voix ont plaidé en faveur d’un tel OS, le parlement a voté la demande d’un rapport circonstancié sur l’opportunité, ou pas, d’en créer un. Nous verrons bien ce que conclura cette étude.

 

Par ailleurs, pour ses propres besoins, l’état développe VITAM, un socle d’archivage électronique commun à toutes les administrations. Enfin, concernant les collectivités locales qui font de la GED, nous devons nous poser la question de l’utilité des coffres forts électroniques qui, selon les usages, n’est pas toujours avérée. S’il est parfois indispensable, un tel système n’est pas trivial et impose de nombreuses contraintes. D’ailleurs est-ce vraiment à l’Etat de proposer un coffre-fort électronique ou faut-il laisser la place à l’émergence d’un marché en la matière tout en tenant compte des questions de souveraineté ? Le débat sur ces questions reste, à ce jour, encore ouvert.

 

 

 

Question de la communauté Atout DSI

 

« A l’heure où nous entendons beaucoup parler de réduction des déficits et de réforme de l’Etat, de quelle manière promouvez-vous les Systèmes d’Information comme outil de productivité « positive » ? »

 

Dans beaucoup de grandes organisations, dont l’Etat, le pilotage des projets informatiques se fait essentiellement par les coûts qui sont vérifiables, et non par la valeur, plus complexe à estimer et à piloter. Il s’agit de l’une des batailles de la transformation numérique. La DINSIC travaille sur ce sujet et s’attache à mieux analyser la création de valeur des projets informatiques et à mieux les accompagner pour que le retour sur investissement soit réellement atteint. Nous nous appuyons par exemple sur Mareva (Méthode d’Analyse et de REmontée de la Valeur), notre propre méthode d’analyse de la valeur d’un projet dans toutes ses composantes, y compris qualitative.

 

Question de Vincent MILLET, DSI du CESI

 «  La transposition des startups dans le monde de l’administration peut être, dans un périmètre plus large, une réponse efficace au besoin de transformation agile des processus des entreprises tournées vers le clientD’autre part, les API tendent à devenir une brique du monde numérique de demain. Une organisation et un matériau qui offrent une capacité décuplée de personnalisation digitale conduisant l’entreprise vers l’innovation continue. Faut-il y voir un regain d’intérêt pour les équipes de développement internalisées ?  »

 

Vincent Millet

L’Etat plateforme, à savoir notre stratégie technologique reposant sur l’ouverture d’API, dessine une trajectoire dans laquelle nous réinternalisons la gestion du « cœur système », les données et leurs API, pour les ouvrir aux réutilisateurs, qu’il s’agisse d’autres administrations ou d’innovateurs extérieurs au système. Ce qui est intéressant dans cette démarche c’est qu’une toute petite équipe internalisée peut gérer des droits, définir des règles de sécurité par défaut, être un mini opérateur, pour que, derrière, des centaines d’innovateurs s’en emparent et nous surprennent. Nous pouvons espérer, avec cette approche, voir naître des milliers de services ultra personnalisés de nombreuses « niches » d’utilisateurs, et stimuler grandement le nombre et la qualité des services offerts aux usagers ; Ainsi, le seul emploi store de Pôle emploi, ouvert il y a quelques mois seulement, a suscité à ce jour plus de 200 services innovants.

 

Question de Frédéric DAUDIN, DSI Région Centre-Val de Loire  

« La DINSIC est engagée dans un programme de formation et de mise en relation des directeurs de projet informatique. Acteurs fondamentaux de la modernisation du SI de l’État, ils forment désormais une communauté. Quels sont les premiers retours des directeurs de projet qui ont suivi cette formation ?  »

 

Depuis un an plus de 120 directeurs de projet ont été formés et cette communauté grandit. Plus largement, dans une organisation qui pourrait être tentée de croire que l’IT est une commodité, apprendre aux chefs de projet à partager leurs bonnes pratiques et les mettre en réseau est effectivement très important. Je pense qu’il s’agit là de l’un des maillons les plus intéressants pour réformer l’informatique de l’Etat : les directeurs de projets sont à la fois engagés dans l’exécution et proches des métiers. Mais nous devons les accompagner dans une évolution de leur travail qui, précisément, leur permettra de générer de la valeur dans les métiers.

Toujours sur le plan des RH, nous avons soutenu la création d’un corps à vocation interministérielle des informaticiens d’Etat (pour être précis, il s’agit de l’ouverture à l’interministériel du corps du Ministère de l’intérieur), pour faciliter les trajectoires professionnelles des ingénieurs SIC (aujourd’hui répartis dans 80 corps différents). Le millier d’agents travaillant dans les SIDSIC (Service Interministériel Départemental des Systèmes d’Information et de Communication), en charge du support informatique en région, sont eux aussi particulièrement concernés par ces trajectoires professionnelles.

Cette question de la gestion de parcours et des talents est clé car nous devons anticiper des tensions extrêmes dans de nombreux métiers. Or il faut 10 ans pour créer des formations puis former des étudiants sur les sujets émergents comme le Big Data ou le lean IT. A terme, favoriser des parcours RH mixtes public/privé sera probablement essentiel pour l’informatique de l’Etat.

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