Lorsque nous avons vu l’engouement des DSI de la communauté Atout DSI pour le sport, nous avons voulu creuser le sujet avec un spécialiste. Nous sommes allés faire quelques touches avec Pierre Raschi, DSI à temps partagé et ancien joueur de rugby à XV avec le CS Bourgoin-Jallieu. Lui, qui, en 2008 est ensuite devenu directeur sportif puis entraîneur de son Club, a également su développer une deuxième carrière dans l’informatique pour être aujourd’hui DSI à temps partagé et Directeur Régional – Auvergne Rhône-Alpes pour Référence DSI, qui fédère des DSI à temps partagé dans toute la France.

Pendant la mêlée, Pierre Raschi nous a notamment expliqué en quoi la gestion d’une saison de rugby apporte des enseignements pour la gestion des projets à court, moyen et long terme de la DSI. Il est également revenu lors de notre échange sur le rôle du DSI, un entraineur qui doit savoir mobiliser ses équipes et jouer la transversalité. Du Rugby à la DSI, pour Pierre Raschi une même ligne directrice.

 

pierre raschi

L’activité plébiscitée par 69% des DSI pour se ressourcer est le sport (Source étude Atout DSI sur le quotidien des DSI). Comment analysez-vous cet engouement ?

Avoir une activité sportive est une bonne chose pour l’hygiène de vie et cela ne me surprend pas car le métier de DSI est éprouvant. Il y a un vrai stress opérationnel. Un DSI est sur le front 24h/24, 7 jours sur 7, il doit être joignable par email, téléphone, s’assurer que l’outil de production fonctionne H24. S’il y a le moindre problème le DSI doit en être informé. Mais la conséquence c’est que le seul moment où un DSI déconnecte vraiment c’est quand il ou elle fait du sport, car quand on court ou qu’on fait de la natation on n’a temporairement pas accès à son téléphone ou son email !

Que vous apporte dans votre quotidien de DSI votre parcours de sportif de haut niveau puis de manager ?

Etre sportif de haut niveau implique d’avoir une certaine hygiène de vie, mais aussi de savoir prioriser ses actions et les mettre en œuvre. Par exemple, un sportif qui sait qu’il a un match le samedi organise un rétroplanning de préparation dès le lundi. Ce rétroplannning concerne les actions collectives, de l’équipe, et les actions personnelles. Si des imprévus surviennent il y a 20% d’activités prioritaires à recadrer grâce à l’hygiène de vie, le sommeil, et une alimentation adaptée 2 jours avant le match. L’entraîneur, qui est le manager de l’équipe, a cette responsabilité, tout comme le DSI a la charge de l’organisation du département informatique. Les sportifs apprennent aussi la gestion de l’échec et surtout à vite analyser et comprendre les raisons d’un échec. Tout comme un match perdu ne fait pas perdre toute une saison, un projet informatique bloqué ou à la dérive ne doit pas impacter négativement d’autres projets. Il est important de vite mener une analyse pour tirer les conséquences de l’échec d’un projet informatique et se projeter dans la suite. C’est le rôle de l’entraîneur de coordonner les actions de toute l’équipe car lui a la vision de la globalité de la saison et de l’équipe et doit pouvoir transmettre cette vision sur le terrain. De la même façon le DSI doit jouer ce rôle de passeur d’information, par la transversalité.

Est-ce que le rétroplanning sportif est transposable aux cycles informatiques ?

En sport on travaille par cycles, avec des objectifs chiffrés et précis. On va par exemple se fixer comme objectif d’essayer de gagner 3 matchs sur une série de 5, pour se projeter sur ce cycle de 5 matchs. Chaque semaine l’entraîneur retouchera ce planning et communiquera aux joueurs leurs objectifs en fonction des résultats des matchs passés et à venir. Il descendra également en cycle court au staff kiné certaines informations si tel ou tel joueur a besoin d’un suivi ou d’un soin particulier. De la même façon, le DSI est un manager qui pilote des hommes, des infrastructures et des applicatifs. Il doit être capable de transmettre à ses équipes sa vision à moyen et long terme.

Entraîneur et DSI partagent ils les mêmes pratiques d’analyse de l’information ?

Il existe de vrais outils de suivi des joueurs et d’aide à la décision, comparables aux outils de gestion RH. Ces outils aident à préparer un planning de match, mesurer les statistiques de jeu, trier les joueurs par touche de balle, nombre de ballons gagnés, etc… Il est possible aujourd’hui d’équiper les joueurs avec des capteurs GPS pour mesurer les distances parcourues sur le terrain, le rythme cardiaque, et faire ralentir un joueur dès qu’une limite fixée avec le kiné est atteinte. Les outils de l’industrie peuvent aussi être transposables au sport, car l’analyse des gestes techniques est en fait une analyse des angles et des postures. Avec un outil d’analyse vidéo comme Dartfish par exemple on peut mesurer l’angle de la poussée collective d’une mêlée, l’impact d’un changement de posture sur la vitesse d’une balle de golf ou d’un skieur sur la piste.

Que vous inspire le fait que les DSI aspirent à sortir de l’imprédictibilité de la gestion des incidents informatiques pour jouer un rôle plus stratégique en entreprise ?

Parler d’imprédictibilité de la DSI c’est se tromper de problème. Pour comparer avec ce que l’on retrouve souvent dans le monde sportif prenez l’exemple de certains clubs sportifs qui constatent un nombre élevé de joueurs blessés. Une façon d’analyser ce taux de blessure pourrait être de se dire que leurs joueurs sont fragiles. Ce serait une erreur car la blessure vient de quelque part, soit de trop d’entrainement, soit de trop de combat sur le terrain. Il s’agit donc plutôt d’un problème d’organisation qui devrait amener à une prise de décision pour réduire les contacts sur le terrain par exemple. En entreprise beaucoup de DSI sont le nez dans le guidon, il est important qu’ils prennent du recul et réalisent que le manque d’organisation vient de la charge de travail et qu’ils se noient dans l’opérationnel. Dans le sport l’organisation s’appuie sur un binôme entraîneur-manager, une organisation que l’on ne retrouve pas encore au sein de la DSI sauf dans certaines structures qui commencent à mettre en place des DSI-adjoints. On retrouve aussi cette notion de binôme dans certaines PME qui font appel à des DSI à temps partagé comme moi, ce qui permet d’amener une vision stratégique à des DSI qui sans ce regard extérieur n’avaient pas une vision globale du SI.

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