Le contexte marché et technologique incite à l’introduction de nouveaux modes de fonctionnement au sein des DSI. Celles-ci doivent réconcilier le SI dédié aux activités prédictibles et fiables, en général Back-Office, et celui s’adressant aux besoins souples et agiles, principalement le Front-Office client. Il appartient donc à la DSI d’adopter de nouvelles pratiques alliant les traditionnels cycles en V et les méthodes agiles. Ce modèle opérationnel de DSI multimodale et son orchestration permettent de faire évoluer le SI en respectant ses différents rythmes d’évolution.

Les facteurs du changement vers une DSI multimodale

Les exigences liées à la digitalisation (time-to-market, réactivité, innovation) et la concurrence accrue de nouveaux entrants pèsent sur le triptyque qualité / coûts / délais. Par ailleurs, deux facteurs ajoutent une maturité nouvelle en termes de compétences et techniques : la redéfinition des standards par les GAFA et les NATU, ainsi que l’évolution des mentalités au sein des entreprises (suppression des barrières historiques MOA/MOE…).

Il appartient donc aux DSI et à leurs départements Etudes de s’adapter à ces enjeux, ce qui passe par une flexibilisation des modèles opérationnels. En effet, la plupart des entreprises ont mis en place pour leur SI legacy (ERP, systèmes comptables et de gestion, référentiels produits) un modèle « taylorisé », très standardisé et avec de nombreux process. Ce modèle du « one size fits all » fonctionne majoritairement autour d’une gestion de projets en cycles en V largement externalisés ; certaines l’ont agrémenté – notamment sur leurs projets Front-Office : portail, e-commerce, CRM, application mobile – d’expérimentations agiles, plus internalisées, moins orientées processus. Mais très peu ont mis en œuvre une intégration de ces différents modes de fonctionnement permettant l’accostage fluide des différentes roadmaps et la construction de socles durables, cassant les silos technico-fonctionnels.

L’objectif à atteindre est un modèle « multimodal » adapté aux différents rythmes de l’entreprise mais maximisant l’efficacité de bout-en-bout du delivery.

Tendre vers un modèle opérationnel Multimodal

L’orchestration multimodale d’ensemble se fait en veillant à la fois aux spécificités de chaque modèle mais aussi à l’interfaçage entre ces différents modèles.

En premier lieu, les processus de régulation (gestion de la demande et staffing) doivent être différenciés par modèle, chacun devant disposer de ses ressources dédiées et de sa matrice de compétences. Ensuite les différents applicatifs doivent être groupés selon leur rythme d’évolution souhaité, en les distinguant par exemple selon le niveau de différenciation qu’ils procurent.

La ventilation budgétaire doit également être réalisée selon les différents modèles, en croisant aussi avec les besoins de Change / Run / Maintenance. Enfin le multi-sourcing (interne / externe) doit être implémenté sur l’ensemble de la chaîne, en fonction de la maturité. La DSI doit alors avoir comme objectif de se repositionner en interne sur le rôle de concepteur et de maîtrise des interfaces.

Optimiser le modèle de delivery sur toute la chaîne

L’optimisation du delivery model se fait sur l’ensemble de la chaîne selon 4 dimensions :  les méthodologies, les technologiques, les outils et la culture.

Les méthodologies

Le backlog d’évolution du SI doit être dynamisé au moyen de méthodes agiles, mais en délimitant clairement le périmètre éligible et en les adaptant au contexte (maturité, organisation, localisations des ressources…). La réalisation peut être industrialisée grâce à des usines logicielles, sur les processus suffisamment matures et disposant d’une masse critique, en s’appuyant sur des roadmaps macroscopiques à 2-3 ans. Les pratiques DevOps doivent être mises à profit pour fluidifier les livraisons :

  • Tester au plus tôt, en continu, dans un environnement similaire à la production
  • Mettre en œuvre une boucle d’amélioration courte (avec le feedback des utilisateurs)
  • Définir des slots de déploiement fréquents, réguliers et avec une capacité de développement fixée

Les technologies et les outils

L’outillage de la chaîne de delivery doit viser l’intégration bout-en-bout de la conception au déploiement :

  • Déployer un atelier de génie logiciel (AGL) fédérant l’ensemble des outils/librairies
  • Consolider la gestion d’exigence/configuration/versioning
  • Automatiser le build, l’intégration continue, les tests (y compris non régression, sécurité, performance) et le déploiement
  • Piloter la qualité du code tout au long de la chaîne

L’architecture du SI doit être flexibilisée pour permettre son évolutivité :

  • Recourir au IaaS / (M)PaaS / SaaS pour optimiser la scalabilité et le provisioning
  • Segmenter l’utilisation du cloud public / privé pour des raisons financières et de sécurité
  • Mettre en œuvre des architectures ouvertes de type ESB, SOA, API Manager

La culture

Enfin, le plus important est d’accompagner la transformation culturelle, en définissant un plan de conduite du changement adapté à chaque profil/rôle, incluant des formations certifiantes. Ceci passe également par le coaching sur des projets pilotes et la promotion de communautés collaboratives. Mais il reste absolument indispensable de s’appuyer sur un noyau de « champions », relais locaux, motivés et évangélisateurs, de la transformation impulsée en central.

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