De plus en plus plébiscitées, les plates-formes de Low-Code sont-elles un accélérateur potentiel de shadow IT ou au contraire une tendance qui pourrait permettre aux DSI de se rapprocher des métiers ? En effet, la promesse des plateformes de développement applicatif Low-Code (voire « no-Code ») est de permettre d’accélérer la livraison, le paramétrage et le déploiement d’une application, avec un minimum de codage « à la main ». Dans le cas des plateformes « no-code » un certain niveau de customisation ou adaptation marché de l’outil a déjà été réalisé sous forme d’éléments visuels faciles à utiliser pour des non développeurs.

 

Trois DSI de la communauté Atout DSI partagent leur avis sur le Low Code : François David, DSI de l’Olympique Lyonnais, Jean-Luc Loubet, DSI de FRAIKIN et Arlette Quilleré, DSI de la Centrale de Règlement des Titres.

 

Le principe des plateformes low code 

Le low code proposer une solution technologique pour développer des applications très simplement (et donc plus rapidement qu’avec les outils et méthodologies traditionnelles de développement), notamment grâce à leur interface graphique. Elles permettent ainsi à n’importe quel utilisateur, y compris les métiers, de créer son application, sans pour autant disposer de compétences ad hoc en termes de développement. Les plates-formes low-code leur fournissent donc une base solide pour des applications sécurisées et fiables tout en laissant le contrôle à la DSI sur des fonctions clés comme le data management et en leur permettant de se concentrer sur leur rôle d’innovation et de centre de ressources pour les métiers.

Selon une étude Forrester, le marché du low code devrait ainsi générer jusqu’à 15 milliards de dollars en 2020, contre 2.5 milliards en 2016. Près de la moitié des applications métiers pourraient ainsi être élaborées via des plates-formes low code en 2020. D’ailleurs, l’an passé, le cabinet conseillait déjà aux DSI de s’y intéresser de près. Un conseil d’autant plus avisé que la demande de nouvelles applications est, dans les entreprises, en très fortes hausse, alors même que de plus en plus de postes de développeurs informatiques restent vacants. En effet, selon la commission Européenne, 800 000 offres d’emploi en la matière ne seraient pas pourvues d’ici 2020 en Europe. Une carence pointée du doigt par 56% des DSI !

 

Le Shadow IT devient une pratique courante

Il est intéressant de noter que la croissance du low Code se fait dans un contexte de banalisation du shadow IT. Selon une enquête de Vanson Bourne pour VMware, l’usage par les métiers d’applications Cloud, d’un service IT ou autre matériel informatique hors du contrôle de la DSI, autrement appelé shadow IT, tend dans les entreprises à devenir une pratique courante. Pour 66 % des répondants de l’enquête, les directions métiers prennent même la main sur l’innovation technologique en entreprise. D’autre part, 78 % des responsables métiers reconnaissent utiliser des services Cloud sans en avertir leur DSI et 83 % d’entre eux qu’ils vont intensifier encore ce type d’usages.

Pas étonnant donc que pression monte du côté des décideurs informatiques ! D’après une étude Sungard Availability Services ils sont 39% à penser que leur entreprise n’a pas la capacité de se transformer digitalement aussi rapidement que le souhaiterait la direction et 49% à croire que le rythme de la transition ne suit pas les attentes des employés.

 

Le low code au service du « bon shadow IT »

Et si le low code permettait de transformer ce « mauvais » shadow IT (ou Shadow IT « subi ») en « bon » shadow IT, accepté et même encouragé par la DSI ? En effet, le développement d’applications par les métiers doit être accompagné si la DSI veut s’assurer que les données importées ou exportées le sont de manière contrôlée et dans le respect des standards.

En effet, si les DSI commencent à accepter le principe du low code, ils n’en demeurent pas moins vigilants quant à l’utilisation de ces plates-formes. Selon une étude Appian, 58% des DSI se posent la question de la bonne intégration des données. Par ailleurs plus des deux tiers d’entre eux estiment que cette approche pose des problèmes en termes de sécurité et d’intégrité. 73% se disent préoccupés par une mauvaise utilisation des données (notamment commerciales ou financières) pour réaliser des applications métiers.

 

L’avis de 3 DSI de la communauté Atout DSI

 

FRANCOIS DAVID, OLYMPIQUE LYONNAISFrançois David, DSI de l’Olympique Lyonnais : « Dans l’absolu c’est bien que tout le monde apprenne à coder. Mais s’il y a production de data au travers d’un traitement applicatif, il est important que les métiers comprennent que cette data devient alors du patrimoine de l’entreprise. On touche là au sujet de l’urbanisation du SI : le DSI doit savoir quelles applications sont utilisées et quel traitement sont faits sur les données. »

En complément de cette remarque, attention au traitement des données personnelles, particulièrement dans le contexte du RGPD.

 

JEAN LUC LOUBET - FRAIKINJean-Luc Loubet, DSI de FRAIKIN : « On a le droit de faire du développement Quick & Dirty (NDLR : rapide et « jetable »), si on prévoit ensuite une phase d’industrialisation. Cela peut être intéressant que les métiers se mettent à coder pour partager leurs idées. Notre DSI est ainsi très à l’écoute des autres directions métiers pour trouver ensemble des leviers IT mais aussi digitaux. C’est par exemple lors d’un workshop de design thinking que nos métiers ont identifié une rupture du processus de relation client qui pouvait être problématique. Dans la location de véhicules industriels et commerciaux, à la restitution du véhicule, il était complexe de prouver si une détérioration dépendait du client précédant. Nous avons alors décidé d’automatiser l’état des lieux en installant à l’entrée du parc un pont équipé de caméras qui réalisent un film à 360° du véhicule à chaque entrée et sortie. Cette solution a été imaginée par les métiers et discutée avec l’équipe IT pour trouver la meilleure manière de l’intégrer, car il faut éviter des développements qui seraient déconnectés du reste du SI. La DSI prend ainsi en compte toute l’approche CRM et a intégré la solution vidéo pour permettre aux agents commerciaux sur le terrain de joindre la vidéo à un mail de réclamation. »

 

ARLETTE nbArlette Quilleré, DSI de la Centrale de Règlement des Titres : « Le low code est un facteur d’accélération de mise à disposition d’applications. Si on applique les principes du RAD (Rapid Application Development ou développement rapide d’applications) ce sont les utilisateurs qui sont directement impliqués dans le développement, dans les limites d’un délai et d’un budget qui contraint à l’efficacité. Mais attention car même si avec le low code il n’y a plus besoin de connaître un langage, le développement logiciel reste encore un domaine d’expert. (NDLR : le RAD ne s’applique pas à des projets dont la charge prévisible serait supérieure à 3 années/homme) Pour le moment, le low code ne concerne que du « back office » et des utilisateurs « experts ». L’expression de besoin utilisateur doit donc toujours être bien cadrée. Mais « demain » l’expertise technique sera probablement moins nécessaire et il faudra également moins d’informaticien pour assembler des briques logicielles. »

 

Alors oui au low code ! Mais dans un contexte d’échange entre la DSI et les métiers, générateur de valeur pour l’entreprise.

 

Envie de commenter cet article ou de nous proposer votre propre témoignage ? Inscrivez-vous sur Atout DSI !

 

FavoriteLoadingAjouter à mes favoris

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.