Christopher Franskin, DSI et responsable du digital chez Fost Plus, partage avec la communauté Atout DSI sa vision du nearshoring : le fait de déplacer une activité économique d’une région vers une autre région ou un autre pays. Son contexte : Fost Plus prend en charge la promotion, la coordination et le financement des collectes sélectives, du tri et du recyclage des déchets d’emballages ménagers en Belgique.

 

J’ai le sentiment que lorsqu’on parle de nearshoring un jugement négatif s’installe parfois. C’est plus qu’une impression, il m’est arrivé d’avoir une véritable confrontation avec des amis qui considéraient le nearshoring comme quelque chose de néfaste pour une société. Ces confrontations me semblaient alors sans fondement car trop émotionnelles.

Honnêtement, cela peut se comprendre, surtout si on se réfère aux articles et infos parues dans les médias. En effet, il est rare de lire dans la presse que le nearshoring crée de l’emploi et qu’il a permis d’augmenter la compétitivité de l’entreprise. Par contre vous pourrez y lire qu’il y a eu une délocalisation de l’emploi, une fermeture d’usine, de société, et ceci à cause de la plus grande compétitivité d’un autre pays, du dumping social… Ce style de reportage crée donc des émotions négatives et entraîne un raisonnement a priori.

Il est vrai que le nearshoring a été dans certains circonstances mal utilisé. Revenons donc à notre question : dois-je avoir honte d’utiliser le nearshoring ?

Ma réponse est définitivement non et je suis même fier autant que convaincu qu’un modèle hybride, où onshore et nearshore (voir même offshore) ont leur place, fait partie intégrante dans ce monde complexe et mondialisé.

Il faut juste que ces approches soient bien réfléchies et utilisées à bon escient. C’est ce qu’on appelle le SMART Sourcing.

Il existe de nombreux livres et articles à ce sujet, mais voici mes 5 conseils pour pratiquer le Smart Sourcing.

 

1. Pratiquer le Nearshore avec des commodités, des tâches récurrentes et des tâches à faible valeur ajoutée. Assurez-vous de créer la confiance dans et hors de votre organisation, et de garder en local l’innovation, la compréhension Business, les tâches stratégiques et à forte valeur ajoutée.

 

2. Choisissez la région/pays où vous allez pratiquer le Nearshore en fonction de sa facilité d’accès, de la disponibilité des bonnes compétences, de la stabilité de la région/pays, de la qualité des infrastructures (routières, internet, …), et bien sûr avec un plus faible coût total.

Le pays que j’ai à l’esprit et qui est pour le moment est en plein essor est l’Espagne. Une population instruite, qualifiée, un pays attrayant pour les expatriés, à moins de 2 heures d’avion de différents points d’Europe, un contexte économique et politique à la fois flexible et stable, une culture comparable… avec en plus des tapas et du soleil :-)

 

3. Si possible, réinvestissez une partie ou la totalité les économies réalisés dans des activités à plus forte valeur ajoutée en onshore (en local).  En effet, réduire le coût des commodités permet d’investir dans l’innovation et des activités différentiantes, qui se traduiront aussi par des gains de compétitivité.

 

4. Soyez un bon manager en vous assurant que vos collaborateurs comprennent, acceptent et soient acteurs du changement. Il est donc important de se préoccuper du développement des équipes pour qu’elles ne s’enferment pas dans des tâches à faible valeur ajoutée mais au contraire cultivent leur employabilité avec des compétences à valeur ajoutée. Cette idée de maintenir son « attractivité » vis-à-vis de son employeur et du marché est valable bien sûr pour chacun d’entre nous.

 

5. Enfin, il est primordial de mettre en place un organe de gouvernance, de continuellement améliorer le service et les processus, et de régulièrement vérifier que le réglage convient toujours, et si nécessaire l’adapter.

 

Pour passer de la théorie à la pratique, je prendrais un exemple récent que je viens de mettre en place dans mon entreprise.

 

Notre infrastructure IT est totalement externalisée à une SSII, et le monitoring 24/7 se fait par des techniciens quelque part en Belgique.  Je ne sais pas par qui, ni où dans le pays. Ce service fonctionnait bien et ma seule interaction était avec le delivery manager afin de m’assurer que le contrat était bien respecté ou via le centre de support pour les incidents critiques. Cependant je trouvais son coût trop onéreux et donc tout naturellement je me suis tourné vers une autre solution. J’ai pensé au nearshoring et ai trouvé le même service dans un autre pays.

Ce nearshoring me fait économiser une part importante de mon budget annuel et pour une même qualité de service.  Seul changement notable : les contacts se font désormais en Anglais, pour le reste, le service est identique.

Grâce aux économies réalisées, je peux financer en grande partie les coûts de migration vers Office365 et ceci en travaillant en local avec un chef de projet et des techniciens qualifiés. Sans ces économies, cette migration n’aurait pas pu se faire, à moins de demander une augmentation de budget ce qui aurait eu un impact sur la rentabilité de l’entreprise.

 

En conclusion, Je n’ai pas honte de faire du nearshoring et je suis convaincu qu’en faisant des économies sur certaines activités et en réinvestissant ces économies dans des activités à valeur ajoutée, j’aide ma société à être plus compétitive. Elle peut ainsi atteindre l’excellence opérationnelle, être innovante et donc permettre de créer des emplois et d’utiliser de la main d’œuvre qualifiée et locale.

 

Cette compétitivité est la clé, car à terme si vous n’êtes plus compétitif, c’est la mort assurée.

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