Nombreuses sont les études qui tendent à analyser le taux de réussites des projets informatiques liés aux SI. Selon le Standish Group, deux projets informatiques sur trois échouent ou présentent des dérives (budget et délais); quant au PMI, son étude 2013 relève que près d’un projet informatiques sur deux est abandonné ou retardé. De plus, on constate une faible culture projet dans les entreprises qui se traduit par une dilution des responsabilités: la fonction de chef de projet est souvent accessoire. Pourtant, elle est fondamentale.

Un projet c’est quoi ?

 Par définition, le projet informatique s’oppose à une activité routinière. Les DSI sont particulièrement exposées à ce type d’activités du fait de leurs responsabilités sur l’ensemble des équipements IT (activité de support essentiellement). Un projet naît d’une nécessité de transformer une situation. Du fait de l’accélération des évolutions technologiques et surtout des usages, les exemples, dans les SI, sont nombreux : web, mobilité, infrastructure, communication, services, équipements, applicatifs, etc… Sans compter que cette transformation n’est généralement pas tirée par les technologies, mais bien par l’usage qui en est fait.

Un projet informatique, c’est donc avant tout un changement qui va nécessiter un certain temps de mise en œuvre. Il y a donc nécessité d’encadrer ce délai et de s’y tenir au mieux. Sans ce cadrage, il sera très difficile de monter des équipes qui appartiennent souvent à différents services dans l’entreprise. De plus, qui connaît un client qui n’impose pas une date de livraison ?

On n’avance pas indéfiniment dans le changement (même si nous y sommes fortement incités), sinon comment piloter l’avancement et l’atteinte du résultat escompté ?
Il est donc indispensable de définir un objectif précis, partagé entre toutes les parties prenantes. Cet objectif, on s’en doute, doit être aligné avec la stratégie de l’entreprise; celle-ci doit donc être connue (si ce n’est pas le cas, on essaiera au moins d’en dessiner les contours), et la direction doit être fortement impliquée.

 

Enfin, les moyens n’étant pas extensibles, il s’agira de définir un budget, le plus réaliste possible (une étude d’opportunité au préalable permet de dimensionne ce budget).

Provoquer une transformation  va nécessairement bousculer les règles établies : on s’attachera à accompagner ce changement pour favoriser l’adhésion des utilisateurs (vos clients, internes ou externes à l’entreprise), et à anticiper les risques inhérents à cette transformation.

Délais, budget, objectif, changement, risques : voici quelques bases de définition d’un projet informatique.

 

Cadrer un projet, les bases

Il est entendu que la phase de cadrage d’un projet est à adapter en fonction du contexte (complexité, niveau de risques, culture…). Formaliser ces quelques éléments permettront de poser des bases saines pour le déroulement du projet :
- Définir des objectifs (le plus SMART possible : soyez scolaire, répondez aux 5 critères), un délai, un budget.
- Valider ces éléments avec toutes les parties prenantes (ne pas hésiter à apposer des signatures).
- Valider les indicateurs clés de performances sur le projet pour en mesurer l’avancement avec les parties prenantes.
- Définir précisément les rôles de chacun, y compris celui du chef de projet, et le partage de responsabilités

La bonne nouvelle, c’est que tout cela peut tenir dans une page A4.
Le plus dur est de prendre le temps de le faire, au milieu de ses 100 mails / jour, et de s’engager.

 

Les facteurs de réussite d’un projet informatique

Les modèles des entreprises, nous le savons, sont plutôt verticales : la notion de projet s’oppose à cette structure, puisque son organisation est transversale. N’espérez donc pas réussir un projet grâce à votre position hiérarchique.

 J’identifie trois facteurs clés de réussite des projets informatiques :

1°/ L’investissement de l’équipe qui est directement liée à l’épanouissement personnel de chaque membre.
Il appartient donc au chef de projet d’être en mesure d’analyser les intérêts personnels de chaque collaborateur et de s’assurer que le projet informatique va les servir (il va sans dire que c’est un paramètre essentiel dans l’établissement de l’équipe projet).

2°/ La capacité à répondre à l’objectif du client.
On le sait, celui-ci évolue dans le temps (au diable les projets en cycle en V). Ainsi, des itérations régulières avec le client favoriseront l’affinage de cet objectif, la validation de livrables intermédiaires, et la motivation de l’équipe. Cela favorisera d’autant plus l’adhésion future par les utilisateurs. La culture agile, dans les projets informatiques, prend alors tout son sens : s’en inspirer, de nos jours, est un gage de réussite.

 3°/ La nomination d’un chef de projet à la hauteur de la tâche.
Son rôle est complexe : il évolue transversalement dans une structure organisée souvent cloisonnée, il doit être convaincant et dans l’opposition si besoin, il doit donner et partager une vision, être un excellent manager, résoudre des conflits, gérer les processus, gérer l’avancement, éventuellement établir les contrats.

Bref, son rôle est tout sauf accessoire.

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A propos des contributeurs

Laurent Chauvet

Après avoir exercé de multiples fonctions dans le domaine des SI depuis plus de 15 ans, Il intervient aujourd'hui en tant consultant en management du SI pour les PME / ETI. Il propose un accompagnement dans le pilotage et l'évolution de leur SI (fonction DSI à temps partagé adapté au contexte). Son expertise porte sur le décloisonnement des équipes IT / métiers, la direction de projets SI/IT et l'accompagnement au changement, le management des équipes IT, la mise en œuvre de relations de confiance entre clients et prestataires IT, et la démocratisation des concepts autour du numérique.

Projet informatique : comment partir du bon pied ?
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5 Responses

  1. PROJET INFORMATIQUE : comment partir du bon pie...

    […] Nombreuses sont les études qui tendent à analyser le taux de réussites des projets liés aux SI. Selon le Standish Group, deux projets sur trois échouent ou présentent des dérives. quant au PMI, son étude 2013 relève que près d'un projet sur deux est abandonné ou retardé. De plus, la fonction de chef de projet est souvent accessoire. Pourtant, elle est fondamentale…  […]

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  2. Sébastien

    La définition des objectifs est réellement importante dans tout lancement de projet ! Si ceux-ci ne sont pas clair, c’est bien l’équipe qui le ressentira. De plus, un bon établissement des objectifs permet la bonne mise en place de la stratégie adéquate !

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  3. David Rozier

    Des éléments qui constituent une base, mais qu’il faut effectivement toujours rappeler, étant les statistiques parlantes en ce qui concerne les projets en échec.
    A rapprocher d’un petit encart dans L’usine Nouvelle de Janvier 2015, dont le titre est ‘la multiplication des chefs de projet est une catastrophe managériale majeure’.
    En effet, les personnes nommées chef de projet sans en avoir la culture ou la formation constituent une aberration. La gestion de projet ça ne s’invente pas, et comme Laurent l’explique, c’est incontournable!

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  4. Thibault

    Bonjour,

    Le rapport du Standish Group a été un peu battu en brèche ces dernières années car il part de certains postulats biaisés pour arriver à ses conclusions. Voir par exemple : http://www.sapientis.fr/conseil/?tag=chaos-report Les causes d’échecs de projet que ce rapport dénonce restent valables, mais leur déterminisme n’est pas forcément aussi franc que ce que le rapport laisse supposer.

    Vous avez raison d’insister sur le peu de culture projet des métiers constituant l’entreprise. C’est la raison pour laquelle l’IT doit vraiment inclure des compétences de recueil des besoins. A ce sujet, j’ai détaillé un peu plus ce que doit être (à mon sens) une bonne formalisation des besoins : http://www.rocketprojet.com/dompter-projets-questions-recueil-besoins/ N’hésitez pas à m’en faire une critique. Positive ou non, j’aurai plaisir à la lire et à vous répondre !
    Bien à vous,

    Thibault

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    • s.godet@abileo.com
      Godet Séverine

      Bonjour. Merci pour votre commentaire qui nous a permis de découvrir la méthode de recueil des besoins des Romains, et aussi de découvrir qu’elle a probablement inspiré la méthode de questionnement journalistique des 5 W.
      Ave ! :)

      Répondre

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