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Développer sa souveraineté numérique et réduire sa dépendance aux éditeurs
À l’heure des tensions géopolitiques, de l’inflation des coûts des licences et de l’accélération des usages cloud, la souveraineté numérique s’impose comme un enjeu stratégique pour les DSI.
Mais au-delà des intentions, comment passer à l’action ?
Lors du webinaire Atout DSI du 20 mars 2026, Benoit DEHAIS, CIO du Conseil Régional d’Occitanie a partagé son retour d’expérience et ses convictions sur un sujet aussi sensible que structurant : comment réduire sa dépendance aux hyperscalers tout en restant efficace ?
Voici les principaux enseignements à retenir.
1. Souveraineté numérique : une gestion assumée des dépendances
Premier message fort du webinaire : la souveraineté n’est pas une posture, c’est un arbitrage.
Il ne s’agit pas de viser une indépendance totale, mais de comprendre ses dépendances, de les prioriser et de décider où reprendre le contrôle.
Un changement de posture pour les DSI, qui passent de “consommateurs de solutions” à architectes de leur indépendance.
2. Pas de vrai déclencheur pour la Région Occitanie mais un alignement de facteurs
Dans le cas de la Région Occitanie, la décision ne repose pas sur un seul facteur mais sur un faisceau : hausse des coûts (Microsoft 365 représentait plus d’1M€/an), enjeux géopolitiques et juridiques, volonté politique et besoin de maîtrise de l’architecture.
A noter, une cartographie fine des usages, contrats et dépendances est indispensable avant toute décision.
3. Sortir de Microsoft 365 : un projet de transformation globale
« On ne remplace pas un outil, on transforme un système. » témoigne Benoît.
La Région Occitanie a fait le choix de :
- éviter un passage intermédiaire vers M365 pour garder sa marge de manœuvre,
- tester plusieurs solutions (Interstis, Wimi, eXo),
- finalement choisir eXo Platform pour son périmètre fonctionnel et sa capacité d’adaptation.
Mais surtout, le projet a été abordé comme un sujet d’architecture IT, d’usages métiers, et d’organisation.
4. La souveraineté numérique et les usages “cœur”
« La difficulté principale ne réside pas dans la technique, mais bien dans les usages profondément ancrés : comme la messagerie et l’agenda, toutes les collaborations temps réel ou encore l’utilisation d’Excel avancé (macros, dépendances métiers). » poursuit Benoît.
La réponse apportée : plutôt que de chercher un équivalent parfait, la Région a repensé certains usages, mis en place une factory low-code / no-code / self BI pour remplacer Excel sur certains cas et travaillé sur l’urbanisation globale du SI.
5. Le vrai défi : la DSI elle-même
Pour Benoit DEHAIS, le principal frein n’est pas toujours côté utilisateurs et peut finalement être du côté de la DSI.
En cause : « nos habitudes technologiques, les certifications (Microsoft notamment), les enjeux d’employabilité et bien sûr la résistance au changement ».
L’enseignement clé partagée par la Région Occitanie : « la transformation commence par un travail interne sur les équipes IT ».
6. L’adoption : assumer l’inconfort pour créer de la valeur
La Région Occitanie a déployé un dispositif d’accompagnement massif avec des formations, des webinaires internes réguliers, un support renforcé, un accompagnement des managers et une communication continue.
Avec un principe clair : « ne pas vendre le projet comme une économie, mais comme une transformation ».
Résultat :
- environ 50 % des agents embarqués rapidement,
- une fierté collective émergente,
- une meilleure compréhension des enjeux numériques.
7. Des gains réels… et pas uniquement financiers
Contrairement aux idées reçues :
- les économies ne sont pas toujours immédiates,
- mais peuvent être significatives (division par 4 du coût sur certains périmètres).
Les gains observés sont aussi :
- une résilience accrue,
- une meilleure maîtrise des outils,
- une réduction du bruit informationnel,
- une montée en maturité sur les usages numériques.
8. Souveraineté numérique : accepter l’imperfection
Le retour d’expérience de Benoit DEHAIS est lucide : il n’existe pas aujourd’hui de solution souveraine parfaitement intégrée.
Les organisations doivent composer avec : plusieurs outils complémentaires, des écarts fonctionnels et une maturité variable des solutions.
D’où un arbitrage permanent entre : performance, expérience utilisateur et souveraineté.
9. La force du collectif : un levier clé en termes de souveraineté numérique
Benoit DEHAIS, de la Région Occitanie s’inscrit dans une dynamique collective avec la participation à l’appel d’offre en cours de la CANUT (centrale d’achat). Elle renforce ainsi la mutualisation des besoins publics et contribue à la structuration du marché des éditeurs.
Objectif : faire émerger une offre souveraine crédible à grande échelle.
10. Open source, marché et IA : où en est-on vraiment ?
Le webinaire a également permis de poser un regard sur l’offre actuelle :
- des solutions souveraines en progrès mais encore hétérogènes,
- peu d’offres totalement intégrées,
- un rôle clé de l’open source, mais qui exige une implication plus exigeante côté client,
- une accélération des attentes liée à l’IA.
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Pour aller plus loin
Souveraineté numérique : une question d’adaptation
Accédez à la synthèse CAP IT rédigée par Valérie Geneyton, fondatrice de la communauté Atout DSI.
« Etre souverain, ce n’est pas être indépendant. C’est être en capacité de comprendre ses dépendances et de s’adapter lorsqu’elles évoluent. » Julien Levrard, CISO OVHcloud.